CAQUOT Albert

publié le 29 novembre 2007 (modifié le 8 février 2009)

(1881 - 1976)

(1881 - 1976)

Le 27 novembre 1976, le Corps des Ponts et Chaussées pleure la mort de son doyen, Albert Caquot. Né quatre-vingt-quinze ans plus tôt à Vouziers, il fait preuve très jeune d’une grande vivacité d’esprit. Admis à Polytechnique à dix-huit ans il choisit ensuite le corps des Ponts et Chaussées en même temps que Freyssinet. Pour son premier poste, il est nommé à Troyes où il réalise l’assainissement des bas-quartiers.

Parallèlement, ses centres d’intérêt s’orientent d’une part vers le béton armé, de l’autre vers l’aéronautique, ce qui le mène, en 1912, à quitter l’administration et à s’associer avec Armand Considère avec lequel il réalise plusieurs ouvrages et poursuit des recherches.

La guerre de 1914 interrompt momentanément son travail sur le béton puiqu’il se tourne vers l’aéronautique. Affecté à une compagnie d’aérostiers à Toul il invente, pour remplacer les ballons sphériques trop sensibles au vent, le ballon allongé en forme de saucisse ou ballon M et perfectionne également les systèmes d’attache au sol par de nouveaux treuils. Ces inventions dont il fait don aux armées alliées lui valent la reconnaissance et plusieurs décorations. Par ailleurs Clemenceau le nomme directeur technique de l’aviation.

 

Après la guerre il revient à sa carrière de constructeur dans l’entreprise Pelnard-Considère & Caquot. Il multiplie les inventions : mise au point de caissons en béton armé, définition de la notion de "courbe intrinsèque" en limite du domaine élastique de la matière, mise au point de la théorie fondamentale de l’adaptation (1930). De nombreux ouvrages sont réalisés selon ses plans : des ponts (le Pont des Usses et le Pont Lafayette à Paris, en 1928, le Pont George V à Glasgow, ...), des barrages (barrage à contreforts sur la Sélune à Vezins (1927-1929), de Mantasoa à Madagascar, ...). Pendant cette même période, en 1922, il devient professeur à l’École Supérieure d’Aéronautique, à l’École des Mines puis à L’École des Ponts et Chaussées où il enseigne les cours de résistance des matériaux, de matériaux de construction et de construction en béton armé. La Société des ingénieurs civils de France l’élit à sa présidence.

A la création du ministère de l’Air on le charge de la direction de la production aéronautique ; toutefois, voyant sa politique de construction de prototypes stoppée par des restrictions de crédits, il démissionne en 1933. L’année suivante, l’Académie des Sciences l’élit dans sa section de mécanique ; il la présidera en 1952.

En 1935, il conçoit la forme-écluse "Jean Bart", à Saint-Nazaire, pour faciliter la construction des gros navires. En 1938, il est appelé à diriger toutes les sociétés nationales d’aviation pour régulariser et accroître leur production. Les résultats positifs ne se font pas attendre mais la guerre éclate très vite et il ne peut mener à bout sa mission. Il démissionne en 1940. Il revient alors définitivement à la construction d’ouvrages d’art.

 

A l’issue de la seconde guerre mondiale il conçoit de très grands ouvrages : le barrage de la Girotte (1946-1949), la grande écluse de Donzère-Mondragon (1950) record du monde pour la dénivelée entre biefs, le pont à haubans rigides de Donzère (1954), premier du genre. Il participe également à la construction du barrage sur la Rance. À cette même époque, on célèbre son jubilé scientifique (1947) et il est élevé à la dignité de Grand-Croix de la Légion d’honneur (1951). Deux grands projets, enfin, le passionnent à la fin de sa vie : un pont à haubans sur la Manche (1967) et une usine marémotrice dans la baie du Mont-Saint-Michel (1973-1976), juste au moment où le baril de pétrole atteint des prix vertigineux.

Bien qu’ayant quitté l’administration en 1912, le ministre des Travaux Publics lui confère l’honorariat du grade d’ingénieur général en raison de l’éminente illustration qu’il a contribué à donner de son Corps d’origine.