Conclusion

publié le 28 mai 2010 (modifié le 12 février 2011)

 

Par François Jouvenet
Par François Jouvenet
Musée des Beaux Arts de Caen - © Martine Seyne

On constate que les historiens qui se sont intéressés à la carrière de frère François Romain sont très partagés quand il s’agit de déterminer son rôle exact dans les différents ouvrages qui lui sont attribués : les uns veulent qu’il en soit l’architecte principal, les autres restreignent sa participation à un contrôle des travaux de construction.

En fait les premiers n’ont fait que reproduire la version donnée par un confrère contemporain de François Romain, le père Mathieu Texte, qui, dans un article nécrologique publié dans le Mercure de France en février 1735, écrit que...sur les grandes difficultés qu’il y avait de construire solidement un pont de pierre à Paris, au lieu et place du pont de bois nommé le pont Rouge, le feu Roy, informé de la capacité du Frère Romain, donna ordre pour le faire venir en France. Il arriva au mois de janvier 1685 et, après un mûr examen des difficultés qu’on avait pu surmonter jusqu’alors, il entreprit l’entière construction du pont, nommé depuis pont Royal, et il le conduisit à son entière perfection ... En particulier Tarbé de Saint Hardouin reprend cette opinion dans ses Notices biographiques sur les ingénieurs des Ponts et Chaussées de 1716 à nos jours, (Paris, 1884) : ... Après avoir terminé heureusement, en 1684, la construction du pont de Maëstricht pour les Etats de Hollande, il fut appelé à Paris en 1685, par Louis XIV, pour diriger les travaux du pont des Tuileries, dont les fondations présentaient des difficultés que les architectes Mansard et Gabriel père, n’avaient pu vaincre. Le frère Romain mena cette grande entreprise à bonne fin de 1685 à 1689 ...

Par contre l’opinion des tenants de la deuxième hypothèse s’appuie en général sur un examen des pièces d’archives authentiques pour estimer que le rôle de frère Romain fut en fait plus modeste. C’est ainsi que notamment Mme. Georges Despierres, dans son étude Construction du Pont Royal de Paris, publiée en 1895, dans les Mémoires de la Société de l ’Histoire de Paris et de l’Île de France (tome XXII), précise que .. , le Pont Royal commencé en 1685, et conduit par Jean (Jacques IV) Gabriel jusqu’au mois de juillet 1686, date de sa mort, fut continué par sa veuve et son beau-frère ( ... ) c’est alors surtout que le frère Romain surveilla plus activement les travaux du pont des Tuileries ( ... ) il fut chargé de la conduite des travaux ... Mme. Despierres fait par ailleurs référence à un manuscrit, du Père Faillot, le Nécrologe Dominicain, ou, en parlant du Père Mathieu Texte, il écrit que .. . souvent il a été (tant) dominé par cet (son) attachement singulier pour l’Ordre qu ’il lui en est échappé de l’enthousiasme et de l’erreur ...

Dans la présente étude nous avons vu que l’examen objectif des archives des principales réalisations de frère Romain confirme bien que celui-ci n’a finalement jamais fait preuve des qualités d’un architecte exceptionnel qui lui sont complaisamment attribuées par certains de ses biographes. Il reste alors à rechercher quelle fut réellement la cause de la venue en France de ce moine hollandais, et on est alors conduit à émettre l’hypothèse totalement inédite, mais tout à fait plausible, selon laquelle c’est la rencontre probable de frère Romain à Maëstricht, avec le Comte d’Avaux, ambassadeur en Hollande, qui fut à l’origine de sa première venue en France pour le contrôle des travaux de construction de l’église d’Avaux (aujourd’hui Asfeld), dans les Ardennes, sur la base d’un projet remarquable de style baroque, du à un architecte du nom de Fleury. C’est ensuite sur la recommandation des Comtes d’Avaux qu’il fut choisi comme préposé à l’inspection du pont des Tuileries, puis plus tard, en 1695 sur proposition du Comte de Pontchartrain, contrôleur général des finances, pour succéder à Libéral Bruand à la tête de la Généralité de Paris. Il n’en reste pas moins que, à ce titre, il a été un de ceux dont l’oeuvre a servi de modèle pour les débuts du corps des ingénieurs des Ponts et Chaussées avant la création de l’école, par Perronet, à partir de 1747.

Claude Vacant,
Extraits de Frère François Romain (1647-1735),
Moine Dominicain, Architecte, Ingénieur des P&C,
Versailles, 2010.