Histoire de la topographie I

 

des origines au XVe siècle

Toute notre gratitude envers l’Association pour la Mémoire du Patrimoine de l’Equipement, dont les fascicules « Les Outils de la route de l’antiquité à nos jours » ont fourni les illustrations présentées ci-après, ainsi que de nombreuses informations sur l’histoire de la topographie.

« Que nul n’entre ici s’il n’est d’abord géomètre ». La célèbre formule, que Platon aurait fait graver au fronton de son Académie, au IIIe siècle av. J.-C., illustre l’importance que cette discipline a pu avoir dès l’antiquité. S’il en fait un préalable indispensable à la pratique de la philosophie, c’est que les savants Athéniens ont entamé une véritable révolution conceptuelle : l’homme se donne désormais pour tâche de prendre la mesure du monde, se dotant pour cela d’un nouveau mode de raisonnement, où les démonstrations ne se fondent plus seulement sur des exemples particuliers, mais prennent un caractère plus général.

Toutefois, la naissance de ce qui ne s’appelle pas encore la topographie est bien plus ancienne, et se produit pour des raisons tout à fait terre à terre : en l’an – 8 000, l’apparition de l’agriculture, sur le pourtour du bassin méditerranéen, entraîne bientôt celle des premières villes. Il faut alors attribuer à chacun les parcelles cultivables qui lui reviennent : une tablette d’argile babylonienne, datée de l’an – 4 000 environ, délimite ainsi les lots de subdivision d’un terrain.

Dans l’Egypte antique, les arpenteurs sont chargés de délimiter les terres bordant le Nil afin de collecter l’impôt pour le pharaon. Des formules mathématiques leur permettaient d’en estimer la superficie. En – 570, Pythagore prouve la rotondité de la Terre, notamment à travers la projection de son ombre sur la lune lors d’une éclipse. Et, en – 230, Eratosthène calcule la distance séparant deux villes grâce à un gnomon, simple bâton au sol, indiquant l’angle formé par le soleil. Il faudra attendre le XVIIe siècle pour que le Hollandais Snellius améliore le procédé en utilisant la trigonométrie.

Le lent progrès des instruments

Mais retournons en arrière, jusqu’en Mésopotamie où sont inventés les premiers instruments de mesure : l’arbalète, tige sur laquelle un curseur glisse pour mesurer les angles, le cordeau pour les distances… Plus tard, aux alentours de – 100, Héron d’Alexandrie expose le principe du dioptre, ancêtre du théodolite qui permet de mesurer les angles aussi bien horizontalement que verticalement.

Par la suite, le matériel ne connaîtra pendant longtemps pas de révolution majeure, mais un lent perfectionnement au fil des siècles, poussé par les besoins des empires successifs. Rome voulait déterminer l’étendue et la configuration des territoires conquis. Il lui fallait construire des routes, des équipements (aqueducs, etc.) Les arpenteurs s’en chargeaient avec leurs équerres, niveaux, fils à plomb…

Un traité du XIVe siècle, rédigé par un arpenteur du nom de Bertrand Boysset, nous apprend que dans l’intervalle les techniques n’ont pas fondamentalement changé. L’auteur revendique le titre d’« équerreur », tant cet instrument (l’équerre) a d’importance pour lui. Il est vrai qu’il s’agit d’une équerre d’arpenteur, permettant de réaliser aussi les mesures de nivellement. La boussole, elle, a été inventée en Chine au IVe siècle, mais ne sera utilisée en Occident, par les arpenteurs notamment, qu’au XVe siècle.

Au XVe siècle avant J.-C., les Egyptiens prenaient leurs mesures grâce à une corde à nœuds.
Au XVe siècle avant J.-C., les Egyptiens prenaient leurs mesures grâce à une corde à nœuds.
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Au Moyen-Âge, les perches sont l'un des principaux instruments utilisés.
Au Moyen-Âge, les perches sont l’un des principaux instruments utilisés.
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