Histoire de la topographie II

 

de la Renaissance aux temps modernes

« Niveaux doubles » du type de ceux utilisés par l'abbé Picard à la fin du XVIIe siècle
« Niveaux doubles » du type de ceux utilisés par l’abbé Picard à la fin du XVIIe siècle
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À partir de la Renaissance, le foisonnement d’inventions trouve des débouchées dans la commande publique. Puis, au XIXe siècle, la cartographie progresse à pas de géant, avant qu’une nouvelle vague d’innovations ne révolutionne l’appareillage au XXe siècle…

 

Galilée n’a pas réellement inventé la lunette astronomique… Mais il l’a si bien perfectionnée qu’on lui en attribue souvent la paternité. Après l’apparition des premières lunettes hollandaises en 1608, grossissant trois fois, le savant italien réussit à mettre au point une lentille grossissant six puis dix fois. Tournant alors celle-ci vers le ciel (1609-1610), il ouvre la voie à l’astronomie moderne, découvrant les cratères de la lune, les étoiles de la voie lactée, les taches solaires et les satellites de Jupiter.

Plus symboliquement, l’apparition de la lunette astronomique marque une étape, celle où l’homme prend la mesure du monde, parallèlement aux découvertes de la Renaissance. Son regard se transforme, la longue série de transformations qui va aboutir à la topographie moderne débute.

Toutefois, les inventions ne sont rien sans l’appui de la puissance publique, qui leur donne l’occasion d’applications concrètes. C’est ainsi que les grands travaux initiés par un Louis XIV par exemple sont l’occasion de mettre en œuvre de nouvelles pratiques. Parallèlement, l’introduction des armes à feu oblige à revoir les stratégies militaires, nécessitant l’établissement de cartes d’état-major détaillées. Autant d’attentes qui favorisent les progrès de la topographie.

Les innovations ne tardent pas avec, en 1666, l’invention du niveau à bulle puis celle du niveau à lunette par l’abbé Jean Picard. Vingt ans plus tard, le Hollandais Christian Huygens améliore le procédé, en élevant la portée à plus de cent mètres. C’est aussi l’abbé Picard que Colbert, nommé Contrôleur général des finances en 1665 par Louis XIV, charge de réaliser des cartes de France « plus exactes que celles qui ont été faites jusqu’ici ».

Les innovations s’accélèrent

Le XVIIIe siècle s’ouvre avec la publication du premier traité complet de topographie, en 1702, sous le titre « La Géométrie pratique ». À la même époque sont posées les bases de la géodésie moderne, Pascal et Huygens utilisant la triangulation pour démontrer l’aplatissement de la Terre aux pôles. Mais la théorie ne sera définitivement validée qu’après les expéditions de La Condamine et Maupertuis au pôle et à l’équateur en 1735-1737.

Ces missions ouvrent de nouveaux horizons à la cartographie comme à la topographie. Deux générations de Cassini furent nécessaires pour achever la première carte générale du royaume de France. Entamée par le père César-François en 1754, elle ne fut terminée par son fils Jean-Dominique qu’en… 1815 ! Dans l’intervalle, une nouvelle cartographie fut commandée par Napoléon. Cette célèbre carte de l’état-major au 1/80 000e ne sera complète qu’en 1880. L’empereur fait aussi établir un cadastre entré en service en 1807.

En 1799, le mètre nouvellement adopté par l’académie des sciences est défini comme le quart du dix millionième du méridien terrestre. Il faudra attendre encore près d’un siècle pour que les systèmes géodésiques du monde entier ne tentent de se coordonner au premier congrès de l’Association internationale de géodésie (1886). Pendant ce temps, le niveau zéro pour la France a été fixé en 1897 au marégraphe de Marseille.

Parallèlement, les appareils poursuivent leur mue. Le théodolite, inventé au XVIIIe siècle, se répand dans les cent ans qui suivent. À partir des années 1950, c’est au tour du théodolite, puis du tachéomètre, de prendre le relais. Avant que la puissance de calcul de l’informatique et les données transmises en temps réels par satellite ne fassent basculer la topographie – et les autres sciences de la Terre – dans l’ère de la géomatique…

Toute notre gratitude envers l’Association pour la Mémoire du Patrimoine de l’Equipement, dont les fascicules « Les Outils de la route de l’antiquité à nos jours » ont fourni les illustrations présentées ci-après, ainsi que de nombreuses informations sur l’histoire de la topographie.

Tachéomètre Sanguet à variation de pente, modèle des années soixante
Tachéomètre Sanguet à variation de pente, modèle des années soixante
(© Lycée Dorian)