L’invention de Triger

publié le 21 novembre 2007 (modifié le 28 décembre 2007)

 

Gravure, procédé Triger, vers 1850
Gravure, procédé Triger, vers 1850
(Collection privée)

Pendant bien longtemps, les ingénieurs, pour le tracé des galeries de mine ou des tunnels, ont évité les zones contenant des nappes. C’était même leur crainte, bien justifiée, lorsqu’ils s’aventuraient dans des zones inconnues. On ne savait pas, en effet, travailler dans ces terrains, les plus difficiles qui soient.
Le pompage, même puissant, ne parvient pas toujours à compenser les infiltrations. En plus, ce sont souvent des sables et des matériaux sans cohésion, qui n’ont aucune tenue. La présence de l’eau, outre les problèmes d’inondation, est d’autant plus dangereuse qu’elle peut provoquer des "débourrages", coulées de terrain pouvant engloutir une excavation entière.

La cloche à plongeur était bien connue de nos grand-pères, qui s’en servaient pour fouiller les lits de rivières et les fonds marins. Les ouvriers travaillaient au sec, sous une cloche remplie d’air qui était reliée par câble à un bateau. Elle possédait néanmoins de gros défauts : l’autonomie d’air était très limitée, les travaux étaient uniquement réservés aux fonds aquatiques et il fallait systématiquement remonter la cloche pour sortir les déblais.

C’est dans les houillères d’Anjou, à Chalonnes-sur-Loire, que fut mise au point la première technique de fonçage en aquifère. L’honneur de cette découverte revient à Jacques Triger, ingénieur de la mine.
Ces exploitations étaient situées sous le lit de la Loire, et il fallait, pour parvenir au terrain dur et étanche, percer 20 mètres d’alluvions imprégnées d’eau. Le charbon, qui était en dessous, méritait bien qu’on se penche sur la question !

Voici une courte description de sa machine :
On commence par enfoncer un cylindre en tôle sur toute la hauteur des alluvions au moyen d’un mouton (grosse masse). On vient ensuite introduire et fixer dans la partie supérieure de ce cuvelage un sas de la hauteur d’un homme. Il permet de pressuriser la partie inférieure, appelée "chambre de travail". L’air comprimé repousse l’eau au niveau de la fouille et l’éjecte par un tuyau vertical qui traverse le sas. Les déblais sont extraits dans la chambre de travail et remontés par un seau, relié à un treuil dans le sas. Deux ouvriers sont donc nécessaires. Une fois le terrain solide atteint, on peut sceller le cuvelage métallique à celui-ci et rendre étanche l’excavation. La poursuite du fonçage ne nécessite plus de sas et peut être réalisée en méthode traditionnelle.