ACTUALITÉ
 

Les 850 ans de Notre-Dame de Paris

publié le 15 janvier 2013 (modifié le 19 janvier 2013)

Chef-d’œuvre architectural du XIIe siècle, la cathédrale Notre-Dame de Paris fête cette année ses 850 ans jusqu’au 24 novembre 2013. C’est en 1163 que Maurice de Sully, évêque de Paris, posa la première pierre de l’édifice.

Chef-d’œuvre architectural du XIIe siècle, la cathédrale Notre-Dame de Paris fête cette année ses 850 ans. Jusqu’au 24 novembre 2013, des colloques, concerts et expositions vont célébrer ce joyau de l’art gothique. En février, neuf nouvelles cloches restitueront la sonnerie que les Parisiens entendaient jusqu’au XVIIIe siècle. Le 6 mai 2013, 850 concerts d’orgue seront donnés simultanément dans le monde. Un colloque et une exposition sont également prévus. Pour cette anniversaire, le grand orgue et l’éclairage intérieur ont été rénovés.

Paris-ND-850ans_450x161_cle066cf7.jpg
Paris-ND-850ans_450x161_cle066cf7.jpg
© DR

 

C’est en 1163 que Maurice de Sully, évêque de Paris, posa la première pierre de l’édifice. Pillée et saccagée à plusieurs reprises, Notre-Dame de Paris, joyau de l’art gothique, célèbre ses 850 ans depuis le 12 décembre, 150 ans après avoir été sauvée du naufrage par l’architecte Viollet-le-Duc. Mais on doit à l’écrivain Victor Hugo d’avoir, le premier, crié à la ruine de la cathédrale en publiant en 1831 le roman "Notre-Dame de Paris", témoignage de sa passion pour cette prouesse technologique d’un Moyen-Âge longtemps méprisé.

Paris-ND_2_450x338_cle56ae12.jpg
Paris-ND_2_450x338_cle56ae12.jpg
© DR

 

C’est qu’au XIIe siècle, la tentation de percer, pour gagner en lumière, les murs épais de l’architecture romane, seuls capables jusqu’alors de résister à la poussée des voûtes de pierres appareillées, relevait d’une folle gageure. Il fallait oser : construire plus haut, canaliser la charge des voûtes en ogives sur des arcs-boutants, percer les murs d’immenses rosaces, ces "rouelles de feu" qui diffusent la lumière du jour dans un chatoiement de couleurs. Il faudra 180 années pour que Notre-Dame, dont la construction débute en 1163 avec Maurice de Sully, s’achève sur l’île de la Cité, à la place de la cathédrale romane. Au milieu du XIIe siècle, celle-ci s’avère bien trop petite pour la population de Paris qui explose. Germe alors le projet de l’immense cathédrale de 135 m de long, 40 m de haut, témoignant de la prospérité relative du moment, quand famines et épidémies se raréfient. "Les cathédrales sont les filles des moissons", dit-on alors. "Ce sont aussi des +catéchismes de pierre+, souligne Christian Citeau, guide de l’association Casa. A une époque où l’imprimerie n’existe pas et où la population est à 99% analphabète, il faut construire un parvis, un espace de transition entre le monde des hommes et celui de Dieu, où l’on peut s’imprégner des messages de la façade".

Des messages de pierre sculptée, où les scènes de la Vie de la Vierge, celles de son couronnement, le disputent aux affres ou félicités du Jugement Dernier. D’importantes modifications, à partir de 1230, font évoluer la cathédrale du gothique primitif au gothique rayonnant : des terrasses remplacent les toits en pente, tandis que la partie supérieure des arcs-boutants, creusée en rigole, permet l’évacuation des eaux de pluie. A la Renaissance, Notre-Dame vit sa vie, mais très tôt on se désintéresse de cet art français des cathédrales dit "gothique", terme de mépris pour désigner un style de "goth", donc de "sauvages". De François Ier à Napoléon, les souverains n’ont cesse d’éloigner la cathédrale de son style d’origine. Les uns camouflent les piliers, d’autres dressent d’immenses tentures, multiplient la statuaire baroque, au risque d’une désharmonie. Mais les rois y célèbrent les grands événements ou leurs victoires, jusqu’au XVIIIe siècle, celui des Lumières : un siècle noir pour Notre-Dame. Les chanoines, estimant que les vitraux colorés "mangent la lumière", en remplacent beaucoup par des verres blancs. Restent heureusement les rosaces.

Avec la Révolution, commence l’irréparable. Voilà Notre-Dame fermée, nationalisée, profanée, dépouillée méthodiquement, proposée à la vente comme tas de matériaux, sa statuaire de la galerie des rois, en façade, décapitée. On la rafistole pour célébrer le Concordat (1802), le Sacre de Napoléon (1804), mais 1831 est l’année du grand vandalisme. La sacristie et le trésor sont pillés, les vitraux brisés, l’archevêché dévasté. Les Romantiques s’en émeuvent et Victor Hugo réveille soudain les consciences en publiant "Notre-Dame de Paris".

La résurrection de l’édifice prend effet avec l’architecte Eugène Viollet-le-Duc, qui, mieux que quiconque, en comprend la fonctionnalité, la structure, et le restaure (1844-1864), en respectant matériaux, styles et époques. Non sans y ajouter son génie inventif, comme en témoignent sa flèche ou ses chimères.

AFP