Les projets nationaux de recherche

publié le 1er juin 2012

Les projets nationaux (PN) de recherche-développement ont été initiés dans les années quatre-vingts, dans le cadre du Programme pluriannuel de recherche et développement en Génie Civil (PROGEC). avec le soutien du ministère de l’équipement.

Un projet national mobilise une profession dans son ensemble et associe d’autres partenaires et les maîtres d’ouvrage du secteur du génie civil et du bâtiment, a un objet clairement pré-compétitif. Les projets nationaux se caractérisent également par la réalisation d’une partie de la recherche et de ses applications sur un chantier et/ou sur un ouvrage in situ.

  (nouvelle fenetre) Si de tels projets on vu le jour avant l’existence de guichets alternatifs de financement de la recherche, leur principe a été maintenu au cours des réorganisations successives intervenues dans la recherche en génie civil, que ce soit la mise en place du Plan Génie Civil, la création en 1999 du Réseau technologique Génie Civil & Urbain (RGC&U), puis son infléchissement pour prendre en compte les problématiques du Bâtiment (voir encadré), et indépendamment des évolutions quant aux autres sources et modes de financement (Agence nationale de la recherche (ANR), Fonds unique interministériel (FUI), etc…

Les programmes de recherche lancés dans le cadre des Projets nationaux rassemblent, sur la base d’un engagement volontaire, tous les acteurs de la construction (maîtres d’ouvrage et maîtres d’œuvre publics et privés, entreprises de BTP, bureaux d’études, industries productrices de matières premières ou de composants de la construction). Ils ont permis de formaliser et de résoudre des problématiques de recherche ou de conduire des expérimentations qui n’étaient pas inscrites en tant que telles dans les thèmes, les procédures et les calendriers de l’ANR ou du FUI, et de créer ainsi un corps de doctrine technique original, sur des sujets à fort potentiel industriel. Ainsi, le projet ISI (Ingénierie sécurité incendie) a produit une méthodologie d’application de l’ingénierie pour la sécurité incendie à l’usage des maîtres d’ouvrage, des concepteurs, des gestionnaires et des prescripteurs. Dans le registre plus classique du développement de matériaux de construction, BHP2000 (Béton haute performance) a permis de développer des bétons aux performances accrues : résistance mécanique, durabilité, résistance à l’abrasion, résistance au feu, qualité des parements, caractéristiques rhéologiques. Les apports du projet ont été considérables pour la construction de grands ouvrages au cours de cette dernière décennie. Enfin, grâce aux travaux menés dans le cadre du projet ASIRI (Inclusions rigides dans les sols), un véritable corpus technique spécifique a été construit, avec une large variété d’applications comme la fondation des piles du pont de Rion-Antirion sur le détroit de Corinthe, dans un environnement sismique particulièrement sévère.

Le concept de « Projet National » tient ainsi compte de la spécificité d’une recherche qui concerne des ouvrages par nature uniques et qui doit pourtant répondre à des besoins collectifs par des solutions reproductibles. En liant recherche amont et recherche appliquée dans un processus qui imbrique étroitement la filière professionnelle et la recherche et l’expertise privées et publiques, ces projets sont exemplaires par leur caractère concret et participatif.

Le processus de sélection des projets suppose la présentation d’une étude de faisabilité et l’obtention, sur cette base, d’un avis favorable du Comité d’Orientation du Réseau Génie Civil et Urbain (RGC&U) et de la Direction de la recherche et du l’innovation du ministère de l’écologie, du développement durable, des transports et du logement (MEDDTL). Le porteur du projet dépose ensuite un dossier détaillé quant au déroulement et à l’aboutissement des démarches envisagées, et indiquant en particulier le contenu du programme associatif envisagé par les partenaires concernés, le coût de réalisation et le mode de financement prévus. Un projet de « charte des partenaires » joint au dossier définit leurs droits, obligations et contributions, et décrit la mission confiée au porteur du projet pour la gestion de l’opération, comme les modalités de rémunération de cette mission.

Le montage d’un projet national est constitué de trois ou quatre tranches, depuis l’étude de faisabilité jusqu’à la mise en place effective, chaque étape prenant au moins six mois, du fait du grand nombre de partenaires impliqué, souvent de l’ordre de la cinquantaine, et de l’ampleur des problématiques généralement retenues. Sur 22 Projets nationaux lancés depuis 1989, six étaient opérationnels en 2010.

L’Administration finance les projets nationaux à hauteur de 20%, les 80% restants étant couverts par les cotisations des partenaires et par l’apport en nature des entreprises et des laboratoires universitaires ou publics engagés dans le projet.

  (nouvelle fenetre) Si la mise en place et l’animation d’un projet national reposent au premier chef sur la motivation commune d’une équipe d’industriels et de chercheurs, il est apparu utile de mettre en place une entité de conseil et de gestion des Projets nationaux. C’est ainsi que les Ministères de l’Equipement et de la Recherche et la Fédération Nationale des Travaux Publics (FNTP) ont encouragé la création, en 1989, de l’IREX, association en charge du montage de projets, sans en être pour autant le point de passage obligé. Il reste qu’en dépit des évolutions du paysage de la recherche depuis lors, les porteurs de projets sollicitent toujours aujourd’hui l’appui de l’IREX, du fait de l’expérience capitalisée pendant ces quelque vingt années.

Certes, les attentes de l’Etat envers les porteurs de projets se sont renforcées quant à leur réactivité sur les thématiques nouvelles de la protection de l’environnement, de la prévention, au sens large, des désordres sur les infrastructures sous l’effet du changement climatique et de l’adaptation des modes de construction aux objectifs de réduction des consommations d’énergie. Il s’agit ainsi d’anticiper les demandes sociétales les plus variées en direction du secteur de la construction. Les études de faisabilité en cours (Energie marine côtière et portuaire, Gestion efficace de l’espace souterrain, Recyclage complet des bétons) illustrent fort heureusement que cette exigence a été prise en compte.

Une convention signée en 2009 entre la Direction de la recherche et de l’innovation (DRI) et l’IREX précise les modalités selon lesquelles l’Administration et cette association entendent, chacune dans son rôle, mettre en œuvre des critères rigoureux de faisabilité, de montage, de gestion, d’évaluation et de valorisation des projets nationaux. Les résultats des Projets nationaux témoignent de l’utilité de ce créneau particulier de recherche/expérimentation, que le MEEDTL entend continuer à soutenir dans le cadre de cette procédure spécifique, sans préjuger bien entendu des autres modalités d’organisation et de financement de la recherche dans ce domaine.