Pont Royal à Paris (suite)

publié le 12 mai 2010 (modifié le 27 mai 2010)

 

Tout ceci montre que les affirmations dithyrambiques des biographes comme le frère Moulaert (*), qui écrit, en parlant du pont Royal, que ...des difficultés immenses et qui paraissaient insurmontables, vinrent de prime abord en arrêter la construction (...) frère Romain, après avoir mûrement examiné tous les obstacles, qui jusqu’alors avaient effrayé les plus habiles architectes, se chargea de les lever : il eut la gloire d’y réussir... ces affirmations apparaissent pour le moins exagérées !...

En fait le chantier fut mené avec une grande rapidité pour l’époque : à la fin de 1687, on peut placer en clef de voûte de l’arche centrale une pierre gravée aux armes du Roi. En août 1687, frère Romain avait consulté une nouvelle fois l’Académie d’architecture pour délibérer sur le moyen de contrebuter les ailes d’extrémité de chaque côté de l’ouvrage...

Construction des arches du pont du Louvre (1687)
Construction des arches du pont du Louvre (1687)
Gravure de Liévin Cruyl - Bibliothèque centrale de Versailles - © Arielle Demilecamps

 

Le pont, ouvert à la circulation peu avant la fin de l’année 1688, fait finalement l’objet de la réception des travaux en juin 1689. Le procès-verbal précise que...frère Romain, jacobin, qui a été préposé à l’inspection dudit pont, a certifié que les culées ont esté pilotées en toute l’étendue de leurs fondations, à cause du mauvais terrain de la rivière, et que le surplus de la maçonnerie dudit pont qu’ils (les experts) n’ont pu voir, est faite selon les devis, ils estiment que le dit pont est en estat de réception (...) que s’estant transportez le lendemain 14ème de juin et autres jours suivants sur le dit pont, ayant le dit devis et le mémoire des ouvrages d’augmentations prétendues par les suppléants montant à la somme de 162 316 livres, apostillé à chacun des articles des réponses du dit frère Romain... ce procès-verbal est définitivement approuvé par le Conseil d’Etat le 20 septembre 1689.(**)

Après la fin de ce chantier, l’examen des registres des fonds des Ponts et Chaussées pour les années de 1690, jusqu’à la mi 1693, montre que frère Romain continue à percevoir ses appointements annuels de 600 livres, ses frais de pension étant toujours réglés pour cette période aux Pères jacobins du faubourg Saint Germain. On voit également que frère Romain est alors accompagné par un garçon pour le soulager, qui, lui, touche des gages annuels de 380 livres. Ces mêmes registres permettent de voir que frère Romain bénéficie en outre de remboursement de divers frais de voyage en Bourgogne, en Normandie, et autres pour réparations de chemins pour le passage de Mgr. le Dauphin allant en Allemagne commander l’armée de Sa Majesté, ainsi que pour rédaction de devis et dessins, frais de journées d’auxiliaires et même dépenses pour divers voyages, mémoires, etc...

Voir le pont actuel


(*) Moulaert (frère B.C.B. ), op. cit.
(**) Despierre (Mme. Georges ), Construction du Pont-Royal de Paris, in « Mémoires de la Société de l’Histoire de Paris et de l’Île de France », Paris, 1895.