ASSOCIATION
 

Rue de la Fontaine au Roi, travaux publics et histoire.

publié le 20 novembre 2008 (modifié le 21 novembre 2008)
15 de la rue

Les poètes ont des visions particulières mais toujours intéressantes. Ainsi, Léon-Paul Fargue écrit dans son admirable « Les vingt arrondissements de Paris » à propos du Xe si proche de la Maison des Ponts : « On y est moins brillant qu’avenue Matignon, moins savant que rue des Saints-Pères, moins poète que rue Victor Massé, cependant on y est un Parisien profond sur qui pèsent les bémols et les méditations de la capitale endormie. Endormie ? Non... »

Chacun a pu ou pourra découvrir l’animation du quartier, tant elle est évidente avec la diversité de ses foules et de ses commerces ainsi que de ses traces de l’Histoire avec le triangle République, Nation, Bastille pour faire bref ainsi que de ses constructions et de ses travaux publics, puisque c’est là que je voulais en venir.

Bien sûr, on peut penser d’abord à la station de métro République « une des plus curieuses du réseau. On peut la visiter comme on visiterait des grottes illustres et grouillantes », selon le même Fargue. On pense aussi au canal Saint-Martin, décidé par Napoléon. Mais il est aussi d’autres traces plus discrètes et aussi attachantes quand on est, comme ASCO-TP, localisé 15 rue de la Fontaine au Roi.

L’alimentation en eau des parisiens a toujours été l’un des problèmes majeurs de la ville et le reste d’ailleurs. Il s’agit de captage, de transit et de distribution. Expliquons.

Pour comprendre, il faut d’abord s’intéresser à la géologie. Le plateau de Belleville constitue la partie occidentale du grand plateau de Romainville-Les Lilas, oscillant entre 95 et 130 mètres d’altitude. Il est coiffé d’une couche sableuse qui repose sur une sous-couche quasi horizontale de marnes imperméables. Les Romains surent par des drains en pierre enterrés recueillir le précieux liquide suintant au contact des deux couches. Les invasions des premiers siècles en arrêtèrent l’exploitation.

Delagrive, Jean (1689-1757). Cartographe. Plan de Paris dedié à Messieurs les Prévôts des marchands
Delagrive, Jean (1689-1757). Cartographe. Plan de Paris dedié à Messieurs les Prévôts des marchands
(© Gallica)

Ce n’est que vers l’an mille que les moines de Saint-Martin-des-Champs (abbaye à proximité de l’actuel Conservatoire des Arts et Métiers et annexe à Belleville) reprirent les travaux de captage à Belleville autour des rues de la Mare, des Cascades et des Savies avec à leur carrefour l’émouvant regard Saint-Martin dont on peut voir des parties restaurées au fil des ans. En fait, un aqueduc souterrain recueillait les eaux et les regards étaient nécessaires pour inspecter, entretenir et prélever l’eau. Par la suite, des systèmes analogues furent mis en place vers le Pré-Saint Gervais et à Ménilmontant.

L’eau était transférée vers le centre de Paris par des tuyaux, ce qui permit, sur décision de Philippe Auguste, la desserte des parisiens par des fontaines très simples d’ailleurs et des porteurs d’eau. Le système se perfectionna par la suite avec de nouveaux captages et tuyaux mais resta le seul pour la rive droite jusqu’à la première installation en 1603 de la pompe de la Samaritaine qui apporta l’eau de la Seine. En 1669, sur 35 fontaines, 9 étaient encore alimentés depuis les hauteurs de Belleville. Il ne fut déclassé qu’avec la rénovation de La Samaritaine en 1715 et le captage des eaux de l’Ourcq, décidé par Napoléon.

Et la rue de la Fontaine au Roi ? Selon le dictionnaire des rues de Paris de Jacques Hillairet, c’est une vieille rue du moins dans sa première partie jusqu’à la rue Saint Maur et elle ne fut prolongé jusqu’au boulevard de Belleville que peu avant 1914. Le plan de 1750 la dénomme rue des Fontaines au Roi et elle devait donc être desservie par un tuyau descendant de Belleville ou situé à sa proximité (axe des actuelles rue de Belleville-rue du Faubourg du Temple ou à partir de la rue Oberkampf). En 1770, une fabrique fut construite au numéro 13 et resta en activité jusqu’en 1841. En 1792, elle devint rue de la Fontaine Nationale, puis rue Fontaine de 1806 à 1814 quand son nom actuel lui fut attribué.

Morale de l’histoire : rien de plus durable que les travaux publics ! avec un remerciement aux historiens !

Hubert Roux, novembre 2008.