TARBÉ de VAUXCLAIRS Jean-Bernard

publié le 3 février 2009 (modifié le 19 août 2009)

(1767 - 1842)

(1767 - 1842)

Jean-Bernard Tarbé, né le 23 février 1767, est le cinquième des huit fils de la famille de Pierre-Hardouin Tarbé et de Colombe Pigalle, imprimeurs à Sens, dont la plupart des enfants ont eu une destinée hors du commun ; c’est ainsi que son frère aîné Louis fut quelque temps ministre des contributions publiques de Louis XVI à la fin de son règne, que le second, Charles, fut membre de l’Assemblée législative et du conseil des Cinq-Cents, et que Charles-Hardouin qui prit le nom de Tarbé de Saint-Hardouin après son anoblissement, fit une brillante carrière d’officier.

La carrière de Jean-Bernard Tarbé commence quand il intègre l’école dirigée par Perronet à l’âge de 13 ans, 8 mois et 17 jours comme il se plaît à le souligner le jour de ses 70 ans, tout en notant qu’il aura consacré plus de 59 ans au service du corps des Ponts et Chaussées.

Après une affectation à Rouen puis à Cherbourg, il accomplit sa première mission à l’étranger en 1786 en accompagnant Alexandre de Lameth en Russie où il a l’occasion d’être présenté à la Tsarine Catherine II.

De retour en France, il tient plusieurs postes d’ingénieur ordinaire à Verdun, Sedan, puis à St Florentin dans l’Yonne ; c’est dans cette ville qu’il se marie en 1793, mais en raison de l’époque mouvementée, la cérémonie doit se dérouler dans le secret d’une chambre avec la bénédiction d’un prêtre assermenté. C’est aussi dans cette ville qu’il doit faire face, en 1798, à une accusation de l’administration municipale pour « avoir organisé et armé une Compagnie de Jésus destinée à égorger les républicains ». Heureusement, après enquête, il se tire très bien de l’affaire par une mutation pour Reims, ce qui finalement servira son avancement.

Après le 18 Brumaire, les travaux publics connaissent un essor considérable sous l’impulsion de Napoléon, et Jean-Bernard Tarbé, qui désire travailler dans les travaux portuaires, occupe successivement des postes dans les ports de Dieppe, le Tréport, puis à Brest comme ingénieur en chef.

En 1807, il est nommé Inspecteur divisionnaire et chargé de l’Inspection de Lille, l’une des plus importantes de l’Empire car celle-ci comprend la Flandre et les côtes de Belgique, région où l’Empereur entend réaliser de grands travaux, notamment le projet grandiose de relier la Seine à la Baltique. C’est à cette occasion, en 1810, qu’il accompagne Napoléon pour un voyage d’un mois au nord de l’Empire et qu’il y acquiert sa confiance ; celui-ci dira plus tard à Ste-Hélène : « Il n’y a que Tarbé qui me comprenne ». Il est ensuite chargé d’organiser le service des Ponts et Chaussées à Hambourg, Brême et Lubeck. Sa fonction s’étend alors sur tout le littoral nordique depuis la Somme jusqu’à Flessingues.

En récompense de cette tâche immense, il reçoit de nombreuses distinctions : il est nommé dans l’ordre de la Légion d’Honneur en 1804, fait Chevalier d’Empire et anobli en 1808 ; il est aussi décoré de l’Ordre de Guelfes par le Roi de Hanôvre. Mais ce n’est qu’en 1817 que Louis XVIII l’autorisera à ajouter, à son nom, celui de Vauxclairs, nom d’une ferme située près de Sens et qu’il fréquentait dans sa petite enfance.

Après la chute de l’Empire, Jean-Bernard Tarbé est nommé membre du Conseil Général des Ponts et Chaussées dont il assurera la présidence pendant plus de quinze ans à compter de 1814 ; mais nous le retrouvons aussi le 9 juillet 1815 à la tête de la 7ème légion de la Garde Nationale pour accueillir Louis XVIII lors de sa rentrée à Paris, et lui demander, mais en vain, de conserver le drapeau tricolore.

Pour le compte du Conseil des Ponts et Chaussées, il est chargé de nombreux rapports d’inspection. C’est à la suite d’un rapport sur les travaux du canal de l’Ourcq qu’il est tout naturellement nommé en 1818, commissaire du gouvernement et de la ville de Paris pour le contrôle de la société concessionnaire des canaux de l’Ourcq et de Saint-Denis. Il exercera cette fonction pendant douze années avec l’aide de son gendre Georges Bertin Brémontier, ingénieur des Ponts et Chaussées, neveu de l’ingénieur du même nom qui a réalisé les travaux de fixation des dunes dans les Landes.

Mais ses fonctions ne se limitent pas à celles qu’il exerce au sein du corps des Ponts et Chaussées, puisqu’il est nommé Maître des requêtes au Conseil d’Etat en 1817, puis conseiller d’Etat en 1828 fonction qu’il exerce au Comité du Contentieux.

Malheureusement en 1836, une décision gouvernementale déclare l’incompatibilité du cumul de la fonction de conseiller d’Etat avec d’autres fonctions publiques. Atteint par cette mesure, Jean-Bernard Tarbé de Vauxclairs réclame au Roi Louis-Philippe une compensation que celui-ci lui accorde au cours d’une audience en rajoutant de sa main son nom sur la liste des Pairs de France. Il est amusant de noter que cette fonction le conduira à être l’un des juges qui condamnera, en 1840, le Prince Louis Bonaparte, futur Napoléon III, à la détention perpétuelle à la suite de sa tentative de débarquement à main armée à Boulogne-sur-Mer.

Enfin et pour conclure l’énoncé de cette brillante carrière, notons que Jean-Bernard Tarbé de Vauxclairs a écrit un dictionnaire des Travaux Publics édité en 1835 et qu’il a été le successeur de Prony comme directeur de l’École des Ponts et Chaussées, poste qu’il occupera de 1839 jusqu’à sa mort, le 17 septembre 1842.

En éloge à sa mémoire, le Ministre des Travaux Publics de l’époque, J.B. Teste, décidera de placer le portrait de Jean-Bernard Tarbé de Vauxclairs à l’École Royale des Ponts et Chaussées en témoignage, dit-il dans une correspondance adressée à l’épouse du défunt, « de la haute estime que m’avaient inspiré les services et la personne de cet homme dont le souvenir vivra bien au delà de l’enceinte de l’École dans tous les rangs où il a siégé avec tant d’honneur ». Depuis, cette mesure sera appliquée sans distinction à tous les directeurs de l’école.